Omotenashi : l’empressement des japonais pour le service

Assos, sur un petit coussin posé sur l’immense tatami de la grande salle à thé du dogo onsen, cela faisait déjà un moment que je méditais complètement immobile dans la position du lotus, corps et esprits détendus, parfaitement fusionnels. Le poids léger de mon Yukata, le terme de kimono est réservé aux vêtements d’extérieur, me donnait l’impression que je ne m’étais pas rhabillé en sortant du bain, tandis que le vent frais, qui venait de l’extérieur, traversait les claies de bois et s’échouait sur ma peau encore brûlante. Je sirotais de temps en temps un peu de thé qu’une des quatre employées postées dans la salle m’avait apporté avec une grande célérité, très japonaise, dès que j’étais entré. J’ai rarement vu un peuple avec autant d’énergie. La paresse n’est pas japonaise. Toujours cet empressement au contraire à vous servir, toujours cette précipitation même. Les japonais courent parfois pour vous apporter plus vite quelque chose, vous rendre un service, vous donner un renseignement. Souvent avec une tension dans le corps un peu maladroite, mal assurée, mais tellement attendrissante et si charmante. Parfois aussi ils vous devancent. Ce papier que vous avez dans la main quand vous cherchez une poubelle, quelqu’un vous le prendra de bon cœur ; cette tasse que vous rapportez pour aider alors que vous n’aviez pas à le faire, un autre se précipitera vers vous pour vous aider ; votre casier du vestiaire que vous cherchez car vous en avez oublié le numéro, un homme tentera de le retrouver avec vous. Et tout à l’heure cette femme qui a fermé sa boutique pour m’accompagner là où je voulais aller. Dans le tramway aussi. L’éternel cinéma. Le chauffeur qui descend de son habitacle pour répondre à ma question…Cet empressement, il est sans doute autant volontaire que contraint.

Bien sûr, il y a l’hospitalité et le plaisir qu’on retire d’accueillir, les émotions positives qui jaillissent de la reconnaissance qu’on reçoit lors d’une interaction fugace. Plongé dans une routine émolliente, les sourires sont comme des shoots qui illumineraient presque la journée entière, et la communication phatique comme une pilule de valium.

Il n’en reste pas moins que derrière l’empressement, il y a aussi d’autres ressort : la pression sociale et professionnelle d’abord, qui ne pardonne pas le dilettantisme affiché ; les exigences drastiques autour de la notion de service, implacables. Enfin, il y a aussi l’impériosité d’exprimer une tendance que la culture et l’éducation ont imprimé dans les mœurs : la réticence d’avoir à affronter des problèmes inattendus. Lors, comme les étrangers peuvent être facilement des sources de complications, qu’il est absolument préférable de prévenir, ils sont l’objet d’un traitement de faveur. Mais attention, pas question de confondre tourisme et immigration…

Entre japonais en revanche, c’est une autre histoire : sans l’altérité qui joue, le dévouement est plus mécanique. Voire n’est plus autre chose qu’une mécanique.