C’est aujourd’hui qu’on rase gratis, ou presque.

«Petit garçon, veux-tu bien t’asseoir sur la rangée de siège qui sont de l’autre côté ? »

Le petit garçon sourit au jeune coiffeur qui lui a demandé gentiment de libérer les sièges du premier rang qui sont réservés aux clients qui attendent bien sagement leur tour, chacun à leur place sur les tabourets appropriés, dans l’ordre de leur arrivée.

La maman n’a pas été ni regardé, ni consulté par le jeune coiffeur. Elle a simplement souri et acquiescé comme a fait son fils, comme s’ils avaient été pris en faute. Ils ont paru trouvé la remarque non seulement normale mais peut être même trop douce comparée à leur petite transgression : s’être assis ensemble dans la rangée réservée aux clients. Petit ou pas, il a 9 ou 10 ans, il devra faire comme les autres, rejoindre le banc des invités à l’arrière du magasin, celui qui est réservé à ceux qui accompagnent mais ne se font pas couper les cheveux ».

Voilà pourquoi le contrôle social marche au Japon. Il y a des règles. Personne ne les conteste car chacun comprend que celui qui est dans son rôle organise un système pour le bien de tous. Le poids du regard d’autrui fonctionne à plein dans cette société homogène sur le plan ethnique et culturel. L’enfant s’est assis derrière donc. La mère a attendu bien sagement son tour tandis que les autres clients affluaient peu à peu, chacun achetant un ticket à 1000Y (8 euros) destiné à être remis au coiffeur le moment venu.

La coupe est relativement vite expédiée, de façon totalement maîtrisée. L’installation du client, d’abord, est coupée au cordeau. Il s’asseoit, range ses effets personnels et son manteau dans une penderie logée derrière une grande glace face à son fauteuil. Il place ses lunettes dans une boîte prévue à cet effet, tendue par le coiffeur. Puis, ce dernier entame son œuvre. Portés à la ceinture, les ciseaux variés, tondeuse, brosse, peigne, rasoir sont maniés avec une rapidité et une précision de chirurgien. Théoriquement, chaque coupe dure 10 minutes.

Ce style de coiffeurs bon marché, pour homme principalement est appelé “tokoya”. Certaines femmes s’y risque parfois mais la plupart sont si près de leurs cheveux qu’elles n’y mettent jamais les pieds, préférant les hair salon, plus élevé en gamme, presque 10 fois le prix quand on commence à demander des teintures ou des soins spéciaux. Elles aiment s’y faire bichonner des heures.

Chez Xbox en revanche, c’est du stakhanovisme rationalisé. On a inventé une forme de fordisme de la coupe de cheveux ou rien n’est laissé au hasard, tout est étudié pour aller le plus rapidement possible tout en assurant le meilleur rendu possible. La concentration règne. Pas un mot ne filtre des bouches des clients. Le coiffeur n’est pas plus disert, si ce n’est dans le registre du pardon. Chaque fois qu’il touche une partie du corps, qu’il essuie le visage avec une éponge ou pulvérise un peu d’eau sur la tête, il se confond en excuses. « Désolé de vous déranger, c’est vraiment très froid… ». On finit avec une coupe sobre, les cheveux courts, une raie, une brosse, assez classique dans l’ensemble. Puis, l’aide d’une espèce de tuyaux d’aspirateur qui sort du mur, on se fait aspirer les petits cheveux qui jonchent ses vêtements.

Avant de sortir, les trois jeunes coiffeurs servent les formules de politesse habituelles, les courbettes, les remerciements, encore les excuses pour on je ne sais quoi et bien sûr une invitation chaleureuse à revenir la fois prochaine. Un des trois, particulièrement obséquieux, le responsable peut être, s’empresse autour des clients dont il vient d’achever la coupe. N’avez-vous rien oublié ? Si vous êtes venu en voiture, j’ai des tickets de stationnement gratuits. Voulez vous le peigne avec lequel je vous ai coiffé ? Il est gratuit.

C’est bien connu, au Japon, on coupe les cheveux en quatre, même chez le coiffeur.