Petit guide du nanpa à l’usage des occidentaux

Quoi? Une tentative sur la passante de Baudelaire.

Les tigres contemporains, japonais ou étrangers, dardent leurs flèches sur les trottoirs des grandes métropoles. Pas de limite spatiale à priori : boîtes, boulangerie, trains, disneyland, café… Tous les lieux où il y a des femmes sont des terrains d’action potentielle. Seules ou en groupe, elles arpentent le moindre recoin du Japon. Plus fréquemment qu’en Europe, on les trouve souvent entre elles : de véritables bandes de filles mais en version débonnaire et bien élevée.Toujours un peu farouche et taciturnes : le défi consiste à les dérider.

Le nanpa, drague directe, « de rue », dirait-on en français, est plus frontal que la drague classique. Alors qu’on drague une collègue ou une amie d’une amie, on fait du Nanpa quand l’objet de son désir est parfaitement inconnu. En d’autres mots, le Nanpa est une tentative sur la passante de Baudelaire.

Certains ont des méthodes systématiques. Le starbuck café de Shibuya, dans l’immeuble du 109, est un observatoire idéal pour comprendre le manège de certains praticiens du NANPA, version drague de rue éclair. Vu en pleine journée : deux gaillards postés sur un trottoir devant les zébras blancs d’un des carrefours les plus fréquentés au monde pour surveiller le flux saccadé de la foule gigantesque. Qu’ils repèrent une proie qui leur plaît et ils l’abordent immédiatement en investissant autant que possible le temps mort lié à l’attente du feu vert. La conversation est lapidaire, incisive, évanescente ou au contraire, s’éternise un peu au carrefour. Un très faible pourcentage de femmes laisse un numéro. Parmi celles qui le feront, un très faible pourcentage encore répondra. Une infime partie acceptera enfin un rendez vous. Et au final, combien voudront aller plus loin ? Les chances sont faibles mais les adeptes de ce genre de nanpa misent sur le nombre et les statistiques. Ils savent qu’en abordant 100 filles, les choses pourraient bien tourner en leur faveur. Pour une heure, un mois, un an, une vie ?

Les candidates à l’expérience : désespérées ? peut être. Récemment larguées en quête de distraction ? peut être. Trompées par leur mari et en quête de revanche ? Peut-être aussi. Moches et sans succès ? Va. Névrosée, psychotique, dépressive, bipolaire ? Pourquoi pas. Nymphomane ? Il y a des cas. En quête d’aventures urbaines ?

Mais pas forcément besoin d’être aussi calculateur…Les plus spontanés ne n’essayent pas de provoquer d’opportunité, ils la laissent venir d’elles mêmes et se tiennent prêt, à moins que cela soit par réflexe, à la saisir. Ils sont parfois plus sélectif aussi, plus avertis et plus expérimentés, ils ont appris à ne pas perdre leur temps quand le potentiel est faible, les conditions trop complexes, ou la chandelle…pas assez belle. Il est vrai qu’en temps que occidental, il y a quelques points forts à savoir exploiter. Ils compensent en partie d’ailleurs les nombreux handicaps. Mais ce n’est pas le sujet ici.

Avantages des occidentaux ?

Les occidentaux en dépit de la barrière de la langue ne sont pas les plus mal lotis en matière de Nanpa. Même sans une goutte de japonais, ils ont leurs chances et selon les cas, savoir parfaitement le parler ne les augmente pas forcément. Ce qu’ils perdent en intelligibilité, ils le gagnent tantôt en mystère, tantôt en intérêt linguistique pour les filles, qui veulent utiliser l’occasion pour parler l’anglais ou une autre langue exotique…Tout étranger est un professeur potentiel. Sans compter le dépaysement, l’exotisme, le voyage sédentaire auquel l’étranger donne accès. Les incompréhensions, inéluctables sont parfois salvatrices : elles limitent l’étiquetage, empêchent de ramener l’autre à une série d’item censé caractériser son profil : tellement réducteur mais inéluctable dans le monde de l’habitude. Et ce flou est à la fois source de vérité, on ose moins les jugements à l’emporte-pièce, et source d’illusion : on cristallise plus facilement sur l’autre, car il ne se révèle pas clairement, laissant toute la place à l’imaginaire.

Les japonaises peuvent parfois trouver, même sans raison, les occidentaux kakkoi, terme relativement ambigu, souvent pris dans l’acception de beau gosse, de badasse, de mec mignon ou simplement d’occidental. En cherchant bien, on pourra toujours leur trouver des airs d’acteurs américains, même quand c’est de très très loin. Un côté nonchalant aussi : plus cool, une attitude et une posture plus détendues souvent, un côté easy going et nice to be with, par opposition au caractère parfois psychorigide et taciturne de leurs semblables nippon. La rareté de l’espèce de surcroît, dans une société qui ne connaît pas le multiculturalisme, en augmente la valeur, quitte à biaiser un peu les choses. Car non, franchement le “gaijin effect” qui ne repose sur rien d’autre que l’appellation d’origine fait toujours long feu. Si on l’on ne rayonne pas, si on n’exprime rien, pas même une once de singularité, l’effet fait flop et c’est le fiasco. Certes, l’effet gaijin peut être utilisé comme une accroche facile les premières minutes de l’approche. Mais ensuite, il faut vite passer à autre chose sous peine d’être vite rangé au rayon des objets oubliés.

Parfois, l’occidental pittoresque sert de faire valoir ; sa compagnie apporte un statut, une plus-value sociale, est un moyen de se différencier. Car quelque soit l’individu, il est presque toujours malgré lui vu comme un représentant du monde dont il vient. Chaque japonais a certes une représentation relative, lié à l’expérience et au niveau d’éducation, de l’occident et de sa culture, mais on trouve facilement quelques constantes, qui sont plutôt globalement positive. En amour l’occidental offrira des fleurs, exprimera ses sentiments, aura des démonstrations physiques de son affection. Pas forcément monnaie courante chez les autochtones.

Quoiqu’il en soit, la curiosité qu’ont les femmes, alimentée par l’altérité culturelle est un précieux complice pour le Nanpa : certaines se méfient moins des occidentaux en parade que du premier japonais venu. On le voit moins venir…

À tout âge, dans tous les contextes, l’essentiel : être souriant, naturel, faire rire, assumer ses maladresses et s’en faire même une allié. Ne rien connaître au japonais peut être un sujet de conversation inépuisable. Jouer avec les mots, jouer à s’enseigner les langues respectives, s’amuser des ambiguïtés, des malentendus, essayer de se comprendre pendant des heures entières et finalement…échanger des messages très courts et dépourvu de signification profonde, est un plaisir inestimable…à condition toutefois que le désir soit suffisamment fort pour initier l’hypnotisme et éviter la lassitude de l’effort. La fonction phatique du langage, autrement sa dimension affective plus que signifiante, est en matière de Nanpa, si la motivation est réciproque, un ressort surpuissant.

Ensuite, au-delà de la sévérité, de la rigidité du contact initial parfois, les japonaises montrent leur côté pile quand le moment est à propos : elles adorent déjanter, pouffer de rire, lâcher prise jusqu’à parfois devenir libre, libéré de ces conventions multiples et du regard des autres si annihilant habituellement.

Quand on arrive à créer un tel contexte, même en terrain difficile le taux d’obtention d’un numéro de téléphone ou de la poursuite des opérations dans un bar ou un café est élevé.

Il faut avoir en tête que le quotidien des japonaises est souvent d’un ennui sans borne. Elles passent un temps fou au boulot avec des gens qu’elles n’apprécient pas toujours et doivent rester soumise à une hiérarchie pesante et parfois tyrannique. Elles sont contraintes à des centaines d’obligations diverses vis-à-vis des codes de la féminité (tiens ton sac comme ça !), de leur famille (ne présente pas ton petit copain sauf si tu vas te marier avec lui !), des normes et règles de politesse sociale (éteins ton portable, ne mange pas dans la rue !). Il faut donc apprendre à devenir des fenêtres : elles ont besoin de voir les choses différemment et de sortir de leur labyrinthe.

Conditions pour réussir un Nanpa

Pas de conditions particulières. Tous les moments, toutes les configurations peuvent être éventuellement favorables. Apprendre à évaluer l’environnement à sentir l’atmosphère. Kuuki ga yomu…disent les japonais. La journée, dans une queue à la banque, en achetant de la sauce soja au supermarché, en allant au travail, dans le train…pas de limite à priori. À éviter toutefois, les maisons de retraites et les lieux essentiellement fréquentés par les hommes (les restaurants de ramens, les pachinkos, les salons autos etc…). Avec le temps, on apprend à repérer les lieux propices. Boulangeries, salon de thé, glacier, salles de sport, musées, restaurants à la mode.

Le soir le Nanpa a son efficacité, à condition de choisir le bon endroit mais surtout le bon moment, celui où l’abordage semblera naturel. En dehors de la trépidance de la vie sociale les femmes sont plus disponibles à bien des égards, mais quand elles sortent, elles mettent facilement leur machine à éconduire les mecs collants en position force maximum. Cela dit, cela ne signifie pas que le combat soit perdu, loin de là.

La journée, les filles seules sont plus nombreuses et plus facilement atteignable, mais le soir, il est possible d’en trouver aussi. Certains jeunes femmes, et moins jeunes, sortent seules dans les bars et les cafés qu’il conviendra de repérer et de fréquenter petit à petit. Les binômes sont peut être la combinaison la plus accessible. Généralement l’effet de groupe rend les filles un peu plus effrontées et ouvertes à l’imprévu. Dans cette configuration elles ont l’impression de ne pas prendre de risque, se sentent en sécurité et sont disposées favorablement envers tout ce qui peut mettre du piment dans leur soirée. Si on réussit à les accrocher, avec de l’adresse, on pourra même devenir l’objet d’une petite rivalité entre elles. Mais l’idéal pour ces double target et de faire Nanpa avec un allié, un bon compagnon. Peut être d’une efficacité redoutable à condition de le choisir attentivement le dude. A éviter, les gros lourds, les grands timides, les alcooliques, les ultra individualistes, les garçons sans façons ni conversations. Dans ce domaine comme ailleurs, c’est la coopération qui fait la différence. La bienveillance mutuelle et la complicité rendent plus beau aux yeux des autres. Dans cette configuration les choses peuvent aller plus vite qu’on ne le croit. Hameçonner dans la rue un petit groupe de filles devient un jeu d’enfant et il n’est pas si difficile de les convaincre d’aller boire un verre dans la foulée avant de leur proposer éventuellement un Karaoké, ce cadeau du ciel fait aux dragueurs. Les grandes enseignes, omniprésentes, louent à l’heure des petites pièces privées équipées d’un matériel dernier cri où entre soi, on peut dans la plus grande intimité, chanter, manger, boire ou plus. Finir une soirée commencée par un Nanpa au Karaoké est généralement du meilleur augure.

Nous ne développerons pas ici le contenu d’un bon nanpa, l’art de tchache, le bagou, les trucs, les choses à dire, à ne pas dire, la façon de se tenir, de bouger…Draguer est un art qui s’apprend empiriquement mais peut aussi se théoriser : voir pour cela les sites des pick up artists reconnus sur le sujet. Peut être l’objet d’un autre article. Enfin, nous ne parlerons pas ici des spécificités des femmes japonaises, de la façon dont elles fonctionnent et se distinguent de leurs homologues occidentales, des écueils à éviter et des stratégies spécifiques à mettre en place à toutes les étapes du processus. Si l’on fait confiance à son naturel, pas besoin de cérébraliser. Sinon, il existe des très bons guides sur le sujet en anglais.

Le Nanpa est donc une rhétorique. Il faut avancer masqué, ne pas avoir l’air d’en faire, et s’arranger pour convaincre son interlocutrice que l’idée vient d’elle. Le sommet de l’art est atteint quand, dans le fil de la conversation, les femmes en viennent à parler de la chose, comme d’un sujet parmi d’autres, sur le ton de la confidence, en se plaignant justement d’en être régulièrement les victimes. Un quiproquo cocasse et délicieux qui n’aurait pas déplu à Maître Renard.