Que font les japonaises quand elles ne travaillent pas ?

Tentons quelques généralités. Fausses bien sûr comme toutes les généralités. Assertion nécessaire pour parer les mines courroucées que j’imagine déjà. Non, l’article qui suit n’est pas parole d’évangile. Juste une compilation de quelques impressions nées d’une expérience partiale et partielle et d’un désir taquin de camper à grands traits quelques billevesées sur les japonaises. Celles-ci ne demandant qu’à être contredites et à sombrer dans les trappes des préjugés et des fausses rumeurs. Ceci étant dit, allons-y gaiement, et avec beaucoup de tendresse pour ces femmes magnétiques venues d’extrême orient. – Workholisme : excès pratique contre les vides de l’existence. L’excès de travail désapprend la liberté et, cercle vicieux, jette encore davantage dans les bras de l’ouvrage. Quoi faire quand on ne travaille pas ? Travailler encore. Ou faire semblant. Quoiqu’il en soit, il est toujours de bon ton de dire qu’on est occupé, qu’on est izogashi. Une formule imparable qui ne suscite aucune question ni n’appelle aucune justificationOh, femmes souvent bercées par la dictature volontaire de l’agenda, d’où toute forme de spontanéité et d’improvisation est interdite. – Les japonaises sont casanières. Elles passent des heures chez elles à se bichonner, bouquiner, vaquer, s’occuper de leur peto, leur animal domestique, regarder la télé ou faire le ménage. Demandez à une japonaise ce qu’elle a fait le samedi après midi. J’ai nettoyé mon appartement.

– En promenade avec des amis, elles n’oublient jamais l’appareil photo pour se mitrailler en prenant des poses mignonnes avec les doigts en V et faire des clichés des assiettes du midi. Toujours un peu les mêmes plats mais le moindre petit régionalisme est toujours une occasion de s’ébaubir. Des nouilles udons à texture un peu différente, une côte de porc panée sur une sauce miso inhabituelle…

– La plupart du temps, elles évitent les chemins de traverse et la nature et préfèrent les centres commerciaux ou les centres villes. Elles dépensent des fortunes en vêtements, en accessoires et en cosmétiques. Elles font parfois des trajets immenses pour aller s’acheter une bricole inutile ou un truc à la mode dont elles ont entendu parler. Les japonaises aiment dépenser de l’argent surtout dans le superflu. Les gens au Japon conçoivent difficilement de s’amuser ou de se détendre sans consommer. Il faut toujours acheter quelque chose, un objet ou un service. Se poser dans la rue, se distraire d’un rien, ne rien faire de spécial n’est pas japonais. Priver les japonaises de shopping serait une forme d’amputation de leur existence.

– En fin d’après midi, quand elles se retrouvent entre-elles au salon de thé, à la décoration souvent cosy, british ou frenchy, elles arrivent à l’heure, s’assoient bien droites et commandent une pâtisserie et un chocolat à la crème ou un café frappé aromatisé à je ne sais quoi. Il n’est pas rare de les voir succomber au désir d’une coupe de glace, appelée parfait, même en plein hiver. Elles posent ensuite leur sac à main dans une petite boite en osier placée au pied de leur chaise, mettent éventuellement la petite couverture fournie sur leurs cuisses, et commencent le hanashi, la conversation, avec une contenance mécanique.

Elles discutent à bâton rompu de leurs sujets favoris, leurs histoires de mecs, leurs dernières emplettes, le restaurant du midi qui était délicieux, leur projet de vacances, trois ou quatre jours au maximum, prévus généralement plusieurs mois à l’avance. Peu de polémique ni de médisance aussi. Une certaine distance souvent, même entre les meilleures amis. Certaines parlent d’aller à l’étranger, une zone inconnue qui les fascinent mais qu’elles appréhendent. D’autres pensent à Okinawa, le rêve tropical et insulaire japonais à portée de main vers le sud. Là, elles pourront aller à la plage, en restant maquillés et coiffés comme des princesses, ne se baignant que peu, sinon serties de bouées gonflables énormes.

– En attendant, elles se consoleront par quelques sorties dominicales. Disneyland par exemple, un must que certaines ont visité dix fois et qu’elles continuent de fréquenter à 30 ans. Quand elles viennent de loin, elles n’hésitent pas à cumuler les nuits de voyages pour faire l’aller et retour dans le week-end. L’organisation est toujours réglée comme du papier à musique. Et quand il s’agit d’organiser la prochaine rencontre avec leurs copines, elles sortent leur agenda, prenne un visage concentré et se donnent rendez vous en général un ou deux mois après. Il est rare qu’elles acceptent de déplacer un rendez-vous chez le coiffeur pour des raisons de sociabilité. Cela ferait une rature sur leur planning.