Les wagons réservés aux filles.

Dans tous les trains et les métros japonais, à partir de 20 heures, il y a des wagons réservés aux femmes. Cela n’empêche pas les filles seules de fréquenter les autres wagons mais cela permet à celles qui le souhaitent de faire bande à part. Le Japon n’est pas un pays dangereux pourtant, au contraire. Les femmes sont libres de s’habiller comme elles l’entendent et il n’est pas rare de croiser des jeunes filles en mini-jupes ultra courtes, cuissardes à talons hauts et maquillage enjôleur à des heures avancées de la nuit. Les hommes ne les hèlent pas, ne les regarde qu’en coin, indirectement, et les abordent peu frontalement. La culture japonaise est une culture de la distance, du respect, de la honte et de la peur gêner. Ainsi, le seuil de tolérance est en rapport avec la norme situationnelle : bien des femmes se sentent traquées pour la moindre péripétie : un regard un peu insistant ou une proposition à la dérobée par un inconnu.

Nonobstant, quand une agression survient, c’est au premier chef les femmes qui sont visées. Ce qui les menace le plus dans les transports ce sont les chikan : les hommes qui pratiquent les attouchements. Un syndrome typiquement japonais de par son importance et contre lequel il est difficile de lutter. Aux heures de pointes, les rames sont bondées et la mixité prévaut encore. Toutes les femmes ont des histoires à raconter à ce sujet. Hentai, (pervers) tsukebe (lubriques) : la transgression survient quand le fantasme se transforme en passage à l’acte sur une personne non consentante. Une situation qui prolifère sur la frustration de certains hommes qui atteint un tel degré qu’elle fait voler en éclat les barrières habituelles : le surmoi, la politesse, la honte, la crainte, le sens du respect et la dissuasion du regard des autres. Un paradoxe car la société japonaise est une des plus policée, au monde : environnement et surmoi conspirent pour rendre capable les individus de s’autoréguler. Cela n’est pourtant pas sans contre partie. Les individus manquent d’exutoires si bien que des décompensations sinistres explosent dans de très rares cas.