Les japonaises et le shopping

Un pléonasme. Pas le peine de demander à une japonaise ce qu’elle a fait pendant le week-end. Généralement, elle s’appuie sur le bout du nez avec l’index en déclarant fièrement, I like shopping.

Les 10% de réticentes sont des marginales qui n’ont pas un kopeck ou bien des filles comme il faut qui préfèrent les récitals de musique classique aux centres commerciaux.

Le shopping est une activité chronophage. Il faut parfois aller très loin pour trouver la boutique convoitée et même faire une queue interminable pour y entrer quand la popularité est forte. C’est aussi un sujet de conversation plaisant. Quel que soit leur âge, les filles adorent se retrouver entre elles pour se montrer leurs emplettes et se féliciter mutuellement. Kawaï ! c’est mignon , disent elles avec conviction en opinant du chef à plusieurs reprises pour souligner leur parfait accord sur l’objet acquis. Il est donc loin le temps rapporté par Tanizeki où la discrétion et la retenue prévalaient dans les rapports sociaux et interdisait d’ostenter ses richesses. Mieux vaut se fier à Ryu Murakami. Dans Miso soup, il cisèle des scénarios impitoyables sur notre époque et daube largement sur la spirale addictive de la convoitise matérielle, quête abêtissante qui uniformise les désirs tout en donnant des buts fallacieux à l’existence.

Toutes raffolent du triptyque vêtements, accessoires et cosmétiques. Classes d’âges, niveaux de richesses, goûts personnels créent des lignes de fractures : Vuitton ou Loft, Chanel ou H§M. L’idéal étant de finir sa journée avec 2 ou 3 sacs griffés portés dans le pli du coude et de traverser la ville en se délectant déjà des nouveaux biens acquis et du bonheur d’en arborer les paquets. On se repaît des objets iconiques de sa classe sociale ou de celle des autres. L’histoire de la jeune japonaise qui se prostitue pour acheter son sac Vuitton n’est pas seulement une rumeur. Les japonaises sont aussi des prédatrices de gadgets inutiles, d’inventions superflues, de babioles et autres colifichets sensés rendre la vie plus pratique. Au Japon, on conçoit difficilement de s’amuser sans acheter. Voyage, restaurant, parc d’attraction, séance de massage. Le loisir se vend en pack, en formule ou sous cellophane.

Les hommes polluent la terre à cause de leurs industries dont la finalité est de satisfaire les femmes. Or les femmes aiment la nature. Message découvert sur les murs d’un café de Kyoto qui dit combien les hommes japonais savent à quoi s’en tenir. Message pourtant bien misogyne. Et si pourtant c’était la même chose du côté des hommes ?