Les chiens qui parlent français et les japonaises

Le Japon est un pays où le panurgisme s’attrape facilement. Il existe néanmoins une foultitude de détails, appréciés des classes moyennes éduqués, pour se distinguer de la masse. Acheter une voiture européenne au lieu d’un japonaise, faire des voyages solitaires au lieu des voyages de groupe et pourquoi pas, parler à son chien en français !

S’il y a des japonaises pour apprendre le français, parfois avec de bonnes raisons, dresser son chien dans la langue de Molière est une subtilité rare mais particulièrement remarquable. Avec ses amis, quand il faut dire à Médor, coucher, debout, lève la patte ou tais toi, l’effet est garanti. C’est une cheville parfaite qui permet de dériver sur la France, sa culture, le vin ou ses talents pour les langues. Dès lors, il y a au moins quelques japonaises pour recourir aux services de professeurs de français privés afin d’éduquer leur progéniture canine.

Ne cherchez pas de pitbull, il y’en a pas : les japonaises sont trop paisibles pour s’accommoder des molosses. Elles préfèrent les chiens petits, en adéquation avec leur propre corpulence, ce qui n’est pas le moins comique de la situation. Elles ont plutôt des yorkshires en fait, et capricieux par-dessus le marché. Pourris gâtés, leurs patronnes en raffolent et leurs donnent des kawai, tu es mignon, à tire larigot. Ils sont des substituts affectifs, surtout quand la maîtresse n’a pas d’enfant. Les trentenaires exécutives, overbookés et célibataires en disposent selon leurs désirs.

Dès lors, le chien fait partie de la panoplie des accessoires féminins. On le voit souvent arborant de belles mises en plis, le petit nœud fiché au coin de l’oreille avec un manteau de saison à la mode. Les femmes âgées aussi, comme partout, en font leurs choux gras. Quand aux hommes, bien que moins nombreux à les dorloter, ils ne sont pas complètement absents de la partie.

Le Japon regorge de services dédiés. Les salons de toilettages font florès. Toute une économie s’est greffée sur cette passion des chiens. Une vieille tradition : déjà à l’époque d’Edo, il y avait des boutiques de gardiennage où on pouvait les laisser quand on avait à vaquer pour longtemps. Le chien était rigoureusement protégé par la loi et la peine de mort pouvait être prononcée par la justice, le cas est avéré, contre un homme convaincu de maltraitance.

Aujourd’hui, le soir, on croise ces petits rois qui tiennent au bout de leurs laisses leur maîtresse qui ne manquent absolument jamais de ramasser les crottes. Laisser l’étron sur le trottoir ferait presque un fait divers pour les journaux. La négligence est inconcevable, même à 3 heures du matin quand personne ne regarde. Et la partie de se terminer par un sonore : « Allez viens maintenant, on rentre à la maison » !