Les chats et les japonaises

Pas une grande ville japonaise sans son neko café, son café à chats, où pour une petite somme rondelette les filles vont se pâmer pendant une heure ou deux au milieu de cohortes de matous bien élevés et récurés, pour se livrer à des séances de caresses interminables. Accessoirement elles boivent un café ou un thé, le chat bien installé sur les genoux, à la façon des grands-mères anglaises dans leur rocking chair et leur intérieur cosy. Pas question de lever le voile sur les implications psychanalytiques de telles pratiques. Les faits sont là : les japonaises aiment toucher le pelage doux et lisse des matous. Sensation que les hommes asiatiques qui ont une pilosité clairsemé ne peuvent leur offrir. Un caractère pittoresque donc qu’il faut aller chercher chez les félins ou les hommes occidentaux.

Beaucoup de femmes rêvent d’élever des chats sans que cela soit toujours possible. Il y a l’odeur qui incommode leurs nez sensibles, la taille de leur appartement, et bien sûr le coût afférent : la nourriture et les frais de vétérinaire sont exorbitants au Japon. Il faut dire que les japonaises veulent tout faire selon les règles : elles ne conçoivent pas d’avoir un chat sans respecter les protocoles de vaccination ni acheter les kits et panoplies divers qu’on veut leur vendre.

Le chat est l’animal ‘mignon’ par excellence dont on trouve des représentations à tous les coins de rue et qui se décline en plusieurs icones célébrissimes. Traditionnellement, il y a le Manekineko, le chat porte bonheur. Un matou associé à la prospérité du business dont les moulages peuplent bien des devantures de boutiques. Une superstition bon enfant qui entre dans le mode de pensées du shintoïsme, la religion traditionnelle du Japon qui confère à tout être et toute chose un esprit dont il est possible d’obtenir des faveurs. Hello Kitty en revanche, est une figure de chat sécularisée, enfantine et mignonne mais sans profondeur ; une création originale purement marketing qui n’est pas issu d’un répertoire d’origine religieuse ou artistique. Mais son succès est tel qu’on le retrouve sur une gamme ahurissante de produits dérivés destinés aux jeunes filles comme aux jeunes adultes. Bien des étudiantes en raffolent encore et en arborent Hello Kitty sur leurs sacs, leurs portes feuilles ou leurs t-shirt.

Enfin, sur les photos ou dans les vidéos clips, il est des jeunes filles qui aiment à prendre des poses de chatte mutine en citant les postures stéréotypées telles qu’on les conçoit au Japon. Pour mimer les pattes du chat, elles ferment les poings, leurs doigts regardant vers l’avant et replient les poignées à 90° à une quinzaine de centimètres des yeux.

Bien des hommes, qui pourtant se doivent de nier toute passion féline sous peine de passer pour efféminé, trouvent dans de telles situations la force de vaincre les préjugés. Nous aussi nous aimons les chats.