Le netshopping des amis et des amours.

Les japonais font un usage intensif de l’Internet. Sans doute d’abord parce beaucoup s’y sentent libre. Dans la vraie vie, les innombrables barrières, normes et codes que les gens ont intégrés brident et contraignent les relations humaines. Souvent la spontanéité et l’inventivité sont quasiment absentes. Au pays où on préfère chercher son chemin en utilisant le GPS plutôt que de le demander dans la rue, on imagine bien que la toile puisse être un précieux secours pour se laisser parfois le droit de rencontrer l’inconnu. Les sites abondent qui proposent des rencontres de tout acabit. Amitiés, amours, dates, relations ambiguës. La prostitution est en embuscade aussi, même en version light et informelle. Ainsi, il existe des sites notoires pour abriter les annonces d’étudiantes en quête de riches mécènes prêt à mettre la main, sinon au panier, du moins au portefeuille pour les soutenir dans la constitution d’une collection d’accessoires de mode ou les aider à financer leurs études. Des lycéennes aussi : les annonces scotchées sur les cabines téléphoniques de Tokyo dans les années 90 se sont transformées en post numériques à la fois plus discrets et plus porteurs. Le jeu peut aussi se renverser pour le plus grand bonheur des apprentis gigolos. Il est des sites destinés à ces dames qui aimeraient rencontrer brièvement un jeune homme merveilleux. Les exécutives women trentenaires hyper-occupées peuvent combler leur carence affective en toute liberté quand elles n’ont pas le temps d’aller au néko café pour caresser des chats à un tarif de location horaire presque aussi coûteux. Il existe également des sites pour louer des amis, en dehors du champs de la sexualité il s’entend. Il s’agit de louer la présence de quelqu’un qui sera aux petits soins pour une après midi shopping, un ciné, un resto…Quelqu’un à qui parler. Un professionnel de la communication au pays de la solitude, du manque de temps, de la maladresse habituelle dès que les rapports humains deviennent informels. Un phénomène marginal, qu’on trouve quasi seulement dans les très grandes villes. Ce sont des amis d’un jour, des substituts de psy, il est si honteux d’aller en voir un vrai dans l’archipel, des faux vrais amis qui ont l’avantage de ne rien demander de sincère en échange de leur présence éphémère. Un marché comme un autre : pallier au peu d’empressement à se consacrer aux autres de certaines personnes, au peu d’entrain à s’investir dans les rapports humains qui confine à l’isolement et pourtant n’annule pas le besoin des autres…

La majorité des sites n’en restent pas moins à finalité amoureuse et matrimoniale. Partir en quête de l’âme sœur est pour certains ou pour certaines une épopée qui commence dans ce monde virtuel auquel on fait confiance pour transformer la réalité…Japonais, étrangers, bien sûr, le net favorise la constitution de couples mixtes. Une corrélation qu’il faudrait étudier sociologiquement, au moins pour la vérifier.

Je m’appelle Aya, j’ai 20 ans, je suis allée en France cet été et j’adore la tour Eiffel. Je rêve de devenir chanteuse plus tard. J’aime les glaces à la fraise et Disneyland ! Je veux apprendre le français. On ne sait jamais où un cours de grammaire peut se terminer.