Le côté immature des japonaises.

Ingénue, manquant de confiance, manquant de personnalité, capricieuse, peureuse, maniaque, curieuse, coquettes jusqu’à la déraison, nourrissant des engouements réguliers pour des idées ou des choses dont elle finit par se lasser…Tel peut être la japonaise ? Témoignages.

Ayaka :

J’ai grandi dans un univers protégé. Je n’ai jamais eu besoin de faire attention à mes affaires pour éviter de me faire voler ni besoin de me défendre vraiment contre l’agressivité des autres. A l’école certes, il y avait bien quelques occasions où il fallait sortir les dents mais rien de bien grave. C’était plutôt une violence insidieuse faite de mépris, d’intrigues, de mise à l’écart, de ragots. Mais rien vraiment de frontal.

Mes parents appartiennent à la classe moyenne. Je n’ai jamais manqué de quoi que ce soit et au contraire j’ai été souvent gâté outre mesure. Notamment pour mes résultats scolaires. Ce qui m’a encouragé à persévérer dans la réussite. Plus tard à l’université, j’ai fait comme tout le monde, je me suis démenée pour passer le concours d’entrée avant de pouvoir ensuite profiter de la vie sans vraiment étudier sérieusement…Telles sont les universités japonaises. Désormais je travail comme office lady dans une grande entreprise. J’ai la garantie de l’emploi à vie et des conditions matérielles décentes mais en échange je dois une fidélité absolue et j’ai une semaine de vacances par an. J’attends toujours le prince charmant, celui de mes rêves d’enfant. Pour moi, c’est l’idéal absolu de mon existence. Trouver l’homme de ma vie et me marier. Je sais que j’ai des qualités. Du moins je l’espère. Les hommes japonais aiment le côté pur et ingénue de la débutante. Je fais semblant pour leur plaire. Mon grand problème est mon manque de confiance personnelle. Je doute de mes performances, ce qui me rend encore plus déterminée à me dévouer totalement à la cause de mon entreprise, Je doute aussi de mon physique bien sûr, comme la plupart des femmes ici je pense. Je compense en dépensant une grande partie de mon salaire en vêtements et en produits de beauté et en passant des heures à m’apprêter et à me bichonner. J’aime les massages par exemple que je m’offre le week-end.

Mika :

Je ne sais pas très bien qui je suis. Quand je rencontre quelqu’un je pose toujours les mêmes questions. Quel âge ? Quel métier ? Quel plat préféré ?Paul, mon ami canadien me reproche de manquer de personnalité, d’être comme toutes les autres japonaises finalement. Je n’y peux rien si en mangeant mon dîner je répète vingt fois que c’est délicieux et si je parle toujours de ma passion pour le shopping et pour les crèmes glacées. Oui j’aime Tokyo Disneyland, les vacances à Okinawa, les convenient stores (supérette 24/24) et alors ? Oui, je répète ‘sugoi’(super) comme une antienne dans la moindre conversation. Oui, je suis un peu casanière, n’ai pas beaucoup d’amis et j’ai du mal à m’en faire.

Paul m’a dit qu’il en avait marre que je sois peureuse. Moi je ne le pense pas pourtant. Enfin c’est vrai que je sursaute parfois quand j’entends un bruit dans la maison. Il m’arrive de dormir la lumière allumée. Mais quand même. Le soir je ne suis pas très à l’aise dans la rue. Le Japon est le pays le plus sûr du monde mais il n’empêche. Je sais, ma croyance aux fantômes n’est pas très rationnelle mais …Peut être qu’ils existent non ? Et puis la nature, moi je n’aime pas ça. Il y a des trucs bizarres dans la forêt. Des insectes par exemple. C’est une phobie je sais. Mais je n’y peux rien, le moindre moustique et je panique.

Il y a un truc que je veux bien reconnaître c’est ma maniaquerie pour la propreté. J’astique la cuisinière à chaque friture, je fais la vaisselle immédiatement après le repas, je fais le ménage sans arrêt, je rince toujours la vaisselle propre quand je la sors du placard avant de l’utiliser. Je suis du genre à aller ‘chercher le grain de riz au fond du bento’ comme on dit au Japon, bref à chercher la petite bête.

J’avoue que parfois c’est pénible pour les occidentaux. Mais les japonaises sont presque toutes comme ça alors il faudra bien qu’ils s’y fassent.

Paul m’a dit que j’étais capricieuse. La dernière fois, il est allé me chercher des croissants. Il n’y en avait pas et c’est vrai que je lui ai fait une crise quand il m’a ramené du pain à la place. Il m’a dit d’arrêter de geindre comme un bébé. Je n’ai pas apprécié. Pas apprécié non plus quand il m’a sorti que je me prenais la tête pour des broutilles. C’est vrai que je ne l’aime pas le supermarché d’à côté. Il y a trop de turn around dans le personnel et par conséquent on ne peut jamais être renseigné. Les occidentaux ont l’air de se foutre de ce genre de détails. Mais au Japon, tout est une question de détails. Paul me dit qu’il en a marre que je ne dise rien, que je garde tout et que je ressasse silencieusement de pareilles billevesées.

Il y a bien une chose qui me passionne quand même : l’étranger. J’ai plein d’images dans la tête qui me font rêver. Le Mont Michel, la cuisine française, Paris, Florence, Barcelone, Londres…La Suisse doit être un pays très paisible non ?Je suis folle de langues étrangères. Avant c’était le français, mais je m’en suis lassé. Maintenant, j’apprends intensément l’anglais pour pouvoir voyager et communiquer. Mais c’est vrai que j’ai été déçue quand j’y suis allé pour de vrai en Europe. Pas de convenient store et surtout, quelle saleté ! Paul me dit que je devrais être plus flexible, ne pas me faire des représentations idéalisées des choses pour ensuite être déçu devant la réalité et déprimée. Il est marrant. Mais lui, est ce qu’il y est né au Japon, dans ce pays insulaire et conservateur qui donne envie de s’ouvrir des fenêtres sur le monde tout en n’osant pas vraiment les traverser ? Il est tellement plus confortable de regarder à travers le carreau tout en restant à l’intérieur, comme tout le monde.