Le pays où les gens se contournent par la gauche

Croiser quelqu’un dans la rue qui arrive face à soi peut devenir une situation délicate quand personne ne se décale où au contraire si chacun cède le pas du même côté. Face à face, on hésite, on balance vers la gauche, vers la droite, on piétine pour ralentir la marche puis on finit par trouver un compromis, in extremis, avant la collision. Heureusement il n’est souvent pas nécessaire d’en arriver là si les usages sont respectés. En occident on a tendance à contourner l’autre par la droite. Une sorte d’instinct acquis très jeune qui permet de se faufiler sans encombre, sauf exception, dans le flux adverse des passants. Au Japon le reflexe est inversé. C’est la gauche qui l’emporte. Et on l’apprend souvent à ses dépens.

Quand il est difficile de trouver un modus vivendi, quand on se retrouve par exemple dans un corridor ou une venelle étroite où il n y a guère de place pour se croiser, il n’est pas question d’affronter qui vient en face et tenter de forcer le passage. Le Japon n’est pas un pays où l’égo exige la priorité, il fait au contraire grand cas des préséances. En général, votre adversaire vous laissera tout simplement passer. Même chose si vous semblez pressé et que avez l’air d’être disposé à bousculer tout ce qui se présente sur votre passage. Vous verrez des corps se translater soudainement avec une grande amplitude pour vous laisser le passage. Les japonais cherchent toujours à éviter d’être gênés par les autres et préfèrent se dérober. Sauf quand ils sont en voiture !

La gauche est le sens de circulation qui prime dans tous les moyens de locomotion. Ainsi, les véhicules circulent à gauche comme au Royaume-Uni. Sur les trottoirs et dans les couloirs du métro aux heures d’affluence, des files tacites sont respectées et les piétons s’écoulent en colonne bien distinctes par la gauche. Sur les escaliers mécaniques la station debout se fait à gauche pour que les hommes pressés s’évacuent par la droite, bien qu’à Osaka, métropole avare de ses singularités, cet agencement soit inversé. Il existe donc une géographie de la position à tenir sur les escaliers mécaniques.

Si la règle s’applique aussi théoriquement pour les bicyclettes, dans les faits, le sens de la circulation est souvent brouillé par la distraction des cyclistes. Beaucoup ont la tête ailleurs, écoutent de la musique, écrivent des messages sur leurs téléphones mobiles. Une sorte d’anarchie nonchalante à deux roues dans un monde pourtant conservateur mais réglé sur la gauche.