Le pays où les couples ne s’embrassent pas sur les bancs publics

Comme dans l’ensemble des rapports sociaux, les couples aussi se tiennent à distance dans l’espace public. Une forme de pudibonderie léguée par la morale du Japon traditionnel ? Ce n’est pas le seul facteur. Pour s’en convaincre, il suffit d’ouvrir les yeux et les oreilles sur la longueur moyenne des jupes, le look tapageur de certaines filles, le nombre de film pornographique produit chaque année au Japon, les blagues salaces qui courent à la télévision et dans les conversations courantes…

L’origine de cette apparente froideur chez les couples japonais n’est ni religieuse, les japonais sont majoritairement athées, ni politique : il n’existe aucune loi pour empêcher les démonstrations d’affection en public. Ce sont les caractères anthropologiques des japonais qui jouent à plein. Ainsi la timidité, aspect fondamental du caractère nippon, bride toute forme durable d’exubérance affichée dans le jeu social. Elle se nourrit du sentiment de honte que les japonais éprouvent avec une intensité sans équivalent ailleurs dès qu’ils sont dévoilés.

Comme l’anthropologue américaine Ruth Benedict l’avait montré en son temps, la honte est le levier principal de l’ordre et du contrôle social immanent dans la société. Chacun a peur de perdre la face, de la faire perdre à l’autre, et de se disqualifier aux yeux du groupe. Chacun craint de briser la neutralité et le consensus qui règne autour des comportements stéréotypés. Rester discret quand on est en couple fait partie de ces non-dits dont chacun a conscience et qu’on respecte par habitude.

Au Japon, ce sont les individus qui s’autocensurent sans arrêt, bien au-delà de ce que les règles interdisent.