Le pays où il ne sert à rien de vérifier sa monnaie quand on vous la rend.

Ichi, ni, san, yon, un, deux, trois, quatre…Rendre la monnaie est un art consommé au Japon. Et le plus souvent féminin si l’on se fie à la proportion de femmes campées derrière les caisses des commerces. Souvent, c’est le même rituel très formel, les mêmes formules magiques qui procèdent à l’encaissement : x en ni narimasu. Cela fait x yens. On vous tend un plateau, vous y placez votre argent avant de vous entendre répondre : « chodo ga ii », le compte est bon, ou bien « x en…. », il y’a x yen. Ensuite, l’employée vous précisera le montant de la monnaie qu’elle doit vous rendre : « x nen otsukari shimasu», votre monnaie est de x yen. Si on vous rend des liasses, on vous jouera la scène classique du comptage des billets à haute voix en les effeuillant un par un devant vous pour ne pas laisser la place à la moindre ambigüité. Le Japon est sans doute le seul pays au monde où il n’est pas nécessaire de vérifier sa monnaie. On la vérifie pour vous et il n’y a jamais d’erreur.

Les billets vous seront rendus des deux mains, comme un cadeau solennel : l’argent a quelque chose de sacré au Japon. Le vocabulaire en porte la trace. Le mot argent se dit en japonais okane. Il se construit avec le préfixe « o », signifiant respect, qu’on ajoute à la racine kane, l’argent.

La transaction achevée, on vous tendra le reçu de caisse avant de vous gratifier d’un arigatou gozaimasu sonore, merci beaucoup, suivi d’un mata kondo kitte kudasai : revenez la prochaine fois s’il vous plait ! Parfois vous aurez le droit à une profonde révérence, signe du respect dû au Kyakusama, l’honorable client. Puis l’employée passera à la personne suivante en recommençant exactement la même procédure, comme dans un travail à la chaine. Inutile de chercher à tailler une bavette avec la caissière si elle est charmante. Ici, on ne sacrifie pas la productivité sur l’autel de la causette. Votre seule chance de prolonger son intérêt pour vous sera d’oublier quelques pièces sur le plateau. Dans ce cas, la vendeuse s’empressera de vous rappeler ou même courra vous les rapporter si vous avez êtes déjà dehors. Ce sera là l’unique occasion possible pour échanger quelques mots voire même les chiffres d’un numéro de téléphone.