Le pays des personnages, des effigies et des icônes.

Ils sont là. Sur les vêtements, les accessoires féminins, les portefeuilles, les articles de papeterie, le papier peint, les affaires de lit, les portes clés, les étuis pour ipod, les pendentifs accrochés aux téléphones portables… Partout !

Mais qui sont ils ?

Les animaux sympathiques aux couleurs vives !

Ils s’appellent Hello Kitty, Kura, Melody, Rila Kuma, Winnie l’ourson, Mickey mouse… Ils sont japonais ou étrangers, tantôt originaires du panthéon des grands personnages de fictions de la bande dessinée ou des animés, tantôt des créations originales. Ils sont un argument marketing imparable tant les japonaises et les japonais en raffolent, et ce jusqu’à des âges avancés.

Si les enfants et les ados sont les premières cibles, on ne pourra pas dire qu’il est impossible de voir sa prof trentenaire poser fièrement sur son bureau une trousse à l’effigie de Winnie l’Ourson. Le petit tatouage hello kitty sur l’épaule n’est pas non plus une denrée si rare. Certains ont même la collectionnite. Celle par exemple de la série des figurines moulées Hello Kitty représentant chaque région du Japon avec son attribut particulier.

Cette folie des personnages, des characters, s’explique par plusieurs facteurs. D’abord le goût pour le mignon, notion au contenu très général prenant la forme d’une inclination esthétique pour ce que les conceptions européennes classeraient dans le mauvais goût : le rose, les couleurs vives sans nuances, les formes trop arrondies, le style naïf et enfantin. Cheap ? Une sorte de pop culture premier degré à cheval sur le Kitch immature. A cela s’additionne le goût des animaux débonnaires. On ne voit guère de Pitt bull au Japon mais plutôt des yorkshire. Sur le même modèle, quasiment toutes les mascottes cultes du pays ont des formes animales adoucies. Hello Kitty est un chat inoffensif et naïf. Rilakuma, un ours bien plus bonhomme que les grands ours sauvages et agressifs d’Hokkaido. Melody est un lapin, animal particulièrement kawai, mignon.

Beaucoup de japonaises aimeraient élever des animaux domestiques : bébêtes poilues servant de support affectif, d’objet fusionnel ou compassionnels qu’on regarde, qu’on touche et dont la présence rassure. Le Japon n’est pas un pays de tendresse. Les parents n’embrassent pas leurs enfants. Les couples ne se donnent pas beaucoup de marques d’affection. Les célibataires sont légions…Ces personnages sont là pour combler des vides. Eux, ils sont faciles à aimer.

L’immaturité entre aussi en ligne de compte. Les japonais grandissent dans une bulle, une société ultra organisée et préservée de la violence dans laquelle à tous les niveaux chaque détail pratique de la vie est prévu. Cet univers émollient, hygiénique où chacun est toujours occupé et à sa tâche, ne favorise ni la prise d’initiative, ni l’émancipation affective des individus. Il y a parfois un décalage surprenant entre l’intégration et les responsabilités sociales d’un individu et son niveau d’expérience des ‘choses de la vie’ ou sa maturité affective. De surcroit, les japonais quittent tard le domicile familiales. Ils contestent peu, suivent le chemin tracé devant eux par la société ou leurs familles et gardent longtemps leurs habitudes infantiles. Dans ces conditions certaines jeunes filles vivent à 25 ans comme elle le faisait à 12 ans. Elles regardent des dessins animés, sortent peu, dorment avec peluches et doudous et écrivent avec des stylos Minnie mouse. Elles diront parfois ‘otona ni narimashita’, je suis devenue une adulte, alors qu’elles approchent de la trentaine. Comme s’il était besoin de le préciser…

Enfin, le facteur religieux joue certainement aussi un rôle dans cet amour des figures zoomorphes. Bien que la société japonaise soit sécularisée, le shintoïsme, forme d’animisme qui confère à chaque être et à chaque chose de la nature un esprit, est encore bien prégnant. Il y a ainsi de nombreux sanctuaires traditionnels dédiés à des animaux fabuleux. Le sanctuaire d’Inari par exemple, situé dans le quartier de Fushimi au sud de Kyoto, est consacré entre autre à un renard, kitsune en japonais, dont la statue dressée est connue de tous et volontiers fréquentée par les croyants comme par les athées le temps d’une promenade. Ce type de tradition a pu être un terreau dans lequel s’est développé la passion très actuelle pour les bestiaires inoffensifs et laïcs dont on cultive les représentations et qui se substituent aux pratiques religieuses traditionnelles ennuyantes pour une grande partie de la jeunesse.