Les jambes courtes.

Hashi ga mijikai!

Dans l’antiquité, les ambassadeurs chinois qui séjournèrent dans l’archipel baptisèrent les japonais les ‘wa’, c’est-à-dire les ‘nains’. Les anciennes armures des samouraïs trahissent d’ailleurs la très courte taille de ceux qui les portaient [On sait aussi que le 6ème shogun Tokugawa, à l’époque d’Edo était un nain.]. Quant aux femmes, elles ont par nature la taille encore plus petite. L’écrivain Tanizaki raconte qu’à l’époque d’Edo (entre le XVII° et le XIX°), elles mesuraient généralement moins de 5 pieds, soit moins d’un mètre cinquante. Si on voit toujours dans la rue certains individus dans cette fourchette, la taille moyenne a cependant augmenté, passant à environ d’un mètre soixante chez les générations nées dans les deux ou trois dernières décennies. La taille moyenne des japonaises est aujourd’hui de 158 cm pour les femmes (162,5 pour la France) et de 170cm pour les hommes (contre 175,6 pour la France). Si la taille est en partie déterminée génétiquement, elle est aussi liée au régime alimentaire. Et il y’a belle lurette que les gens ne se contentent plus de poisson et de riz. Nonobstant, les grands gaillards font l’objet d’une fascination qui ne laisse pas de questionner : « Combien tu mesures ? » appartient à l’arsenal des questions types qui reviennent comme une antienne.

À l’inverse, avoir les jambes courtes reste un complexe notoire pour beaucoup de japonaises qui s’évaluent très vite d’après leur longueur. Le profil physiques des modèles et des artistes est scruté et expliqué en détail dans les médias. La taille et notamment la taille des jambes est mise en avant. Car il ne suffit pas d’être grand. Il faut surtout être bien proportionné. Les jambes courtes quand les tronc est long : pas vraiment l’idéal.

Beaucoup de femmes s’échinent à paraître plus grandes qu’elles ne le sont. Ainsi, elles s’érigent souvent sur des talons télescopiques sans savoir toujours les utiliser correctement, ce qui produit des démarches hésitantes des plus étonnantes. Exceptionnellement, une infime minorité recourt à la chirurgie. Des chirurgiens japonais pourront éventuellement, grâce à une technique chirurgicale ahurissante, allonger les tibias. Une intervention délicate, incroyablement chère et contraignante pour les patientes à cause des suites opératoires et de la rééducation. On est loin du simple « mange ta soupe, ça fait grandir ». Mais qu’importe de souffrir autant : cela fait une belle jambe aux hôtes de la maison Procuste.