Le pays des gens filiformes.

Les japonais ont une constitution plutôt chétive. De taille modeste, faiblement charpentés, ils sont généralement des parangons de minceurs. Le régime alimentaire traditionnel, poisson, légume, riz, soja, thé vert contient peu de sucre et de matière grasse. Même si l’assiette actuelle s’est diversifiée, bonjour la viande, si la junk food aussi, soda, sucreries divers, fast-food, est entrée dans l’alimentation, la corpulence des japonais n’a pas emboité l’obésité tendancielle. C’est qu’avoir la ligne est un impératif catégorique dans l’archipel : le regard des autres ne pardonne pas facilement les transgressions et on sait combien la pression du groupe est ici capable d’influer sur les consciences. L’obèsité est jugée comme une tare ici, un signe de laissez-aller impardonable. Nonbstant, une ou deux stars de la télévision debbu, bien en chair, en ont fait leur petite note personnelle et rencontre un énorme succcès.

Tout est bon pour garder la ligne. Le sport est un remède très pratiqué. Les jeunes ont le baseball et le sport à l’école est très valorisé. Les gens marchent beaucoup dans les villes au quotidien et font du vélo. Certains comptent leur pas avec un podomètre ou leur smartphone. Cela permet ainsi d’ajuster son temps de marche à pied pour coller aux normes. Les salles de sport sont pleines. Chanter est une forme d’activité physique aussi. Les karaokés ne sont pas en reste : en surimpression sur l’écran vidéo, ils indiquent le nombre de calories perdues après chaque chanson ! Certaines stations de métro ne manque pas d’humour et affichent sur le rebord des marches d’escalier le nombre de calories nécessaire pour les gravir…1,2,3. Ne comptez pas plus d’une calorie par degré…

L’auto contrôle du régime alimentaire est par ailleurs très développé. Beaucoup de restaurants indiquent la teneur calorique de leurs plats sur leurs menus. Ainsi, les clients peuvent adapter leur commande à la dose énergétique journalière recommandée. Quand aux régimes amaigrissants, ils ont évidemment le vent en poupe et suivent les modes locales ou américaines.

Enfin il est des traits physiques naturels qui renforcent l’impression de silhouette filiforme, notamment chez les femmes. Plus la poitrine est plate, plus on est prêt du cœur pourrait être un adage japonais. Les hanches aussi sont plutôt étroites et les fesses n’ont rien de la Vénus callipyge. Autant de caractères considérés comme des lacunes par certaines personnes qui ne renâclent pas aux implants mammaires. Pour les autres, il y’a des subterfuges : des prothèses jetables autocollantes par exemple, à coller sur le postérieur ou sous le soutien-gorge pour paraître bien en chair le temps d’une soirée. Comme quoi, même dans l’archipel, la minceur est une vertu qui a ses îles.