La télé du désir

Les poupées de la télé sont vraiment mignonnes. Terebi no Burikko ga kawai ne

Un TV show parmi tant d’autres à une heure de grande écoute. Une caméra fait des gros plans explicites sur les seins d’une jeune japonaise superbe aux implants mammaires exceptionnels…Du Berlusconi orientale. La voilà qui se met à lire un conte pour enfant dans un album illustré en se penchant volontairement sur son voisin d’en face, un sexagénaire au regard magnétisé, qui sur-joue la tentation. Derrière lui, un faux prêtre occidental en soutane blanche se tient solennel devant un décor d’église et de vitraux en carton pâte. Il sera utilisé plus tard pour simuler un mariage à l’européenne, genre exotique très en vogue. L’émission nous montre ensuite une autre égérie en maillot ultra sexy, allongée sur une table et qui se trémousse lascive, avec des airs équivoques. Forcément, le tableau est interrompu par la publicité. Il y a l’extrait d’un clip d’un groupe de chanteuses à la mode composé d’une vingtaine de jeunes filles en tenue de lycéenne qui prenant des airs ingénus mais coquins se dandinent en souriant. Burikko dit-on en japonais : jeune fille maniérée surjouant le registre du mignon. Puis, toutes de petites culottes vêtues, allongées les unes à côté des autres dans un décorum rose bonbon, elles se passent des grandes sucettes qu’elles lèchent les unes après les autres. Certaines, ceintes d’une queue de chat de peluche, l’agitent en signe de satisfaction avant de se donner des baisers mutins sur la bouche… Le groupe, AKB 48, prescrit aux 7-77 ans, est l’un des plus fort succès populaire des années 2010.

La télévision de masse japonaise, masscom, fonctionne notamment sur le mode du désir permanent. Le téléspectateur masculin est littéralement hypnotisé, accroché par les grandes chevelures bouclées (au fer), les longs (faux) cils, les regards (au mascara) enjôleurs qui explosent l’écran, parfaitement mis en scène. Les femmes poupées juvéniles du petit écran cristallisent tout l’imaginaire de la féminité et de l’érotisme nippon : la jeunesse, la coquetterie, l’immaturité, la vulnérabilité, l’ingénuité, l’infantilisme affecté des attitudes, de la voix et des gestes : autant d’éléments stratégiques avec lesquels jonglent les séductrices d’ici…