Panonceaux, rues clairement identifiées sur des plans publics, rappel de la législation et du montant, salé, des amendes…La clope au bec, la démarche nonchalante et désinvolte dans la rue, ne sont pas japonaises. Le consommateur est prié de rejoindre des petits édicules aménagés spécialement avec des immenses cendriers. Le badaud, lui, n’est presque jamais importuné par les volutes des fumées échappées des bouches tabagiques ni par le spectacle des couches de mégots accumulés sur les trottoirs.

Mais il ne faut pas s’y tromper, le vice, apporté par les marchands européens au 17ème siècle, est une posture et un exutoire fort prisés. Collégiens et lycéens essayent de plus en plus en jeunes, tandis que leurs aînées, hommes et femmes, font la chasse au stress à grands coups de bouffés bleues marines. La consommation moyenne par an et par habitant (de plus de 15 ans) est de 1700 cigarettes contre 900 pour la France. L’herbe à Nicot gangrène le pays du Zen….

L’Etat n’applique que des taxes modérées sur le tabac et n’en contrôle pas la vente. Les distributeurs automatiques jalonnent les rues et les convenient store exhibent dans leurs rayonnages des collections de paquets multicolores affriolants et dénués de formules comminatoires ou autres photos de poumons cancéreux qui font les délices des occidentaux. Ici la publicité est autorisée, les affiches pullulent et les cigarettiers, qui ciblent les plus jeunes pour les accrocher à vie, font distribuer gracieusement des paquets de cigarette dans les boîtes de nuit par de délicieuses et irrésistibles amazones. Quand aux campagnes de prévention, elles sont réduites à la portion congrue, faute de budget. Carence étonnante dans la deuxième puissance économique du monde…mais la politique japonaise est peut-être plus qu’ailleurs faite par les acteurs économiques dont les hommes politiques seraient les créatures. Lobby du tabac, vous êtes chez vous.

Ce qui est banni dans la rue ne l’est guère dans les lieux publics. Et on fait très vite l’expérience inoubliable du sushi thon rouge accompagné d’un subtil fumet de tabac qui vient chatouiller la narine. Sans compter le brouillard écœurant du cigare quand on commence la dégustation d’un repas kaiseki.

On peut toujours se réfugier dans les lieux non fumeurs, qu’on compte sur le bout des lèvres, où dans ceux qui proposent une ségrégation spatiale, souvent peu étanche…Et comme il y a plus de chaises du côté tabagique, les places sont chères. C’est ainsi que les japonais écrasent parfois leur politesse légendaire au fond du cendrier.

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