Gumibako mo nai shi !

Le rue est propre. Pas d’odeurs suspectes. Pas de crasse. Pas de détritus…Personne ne jette à l’emporte pièce. Ce n’est pourtant pas la tentation qui manque vu le nombre de petites bricoles qu’il est facile d’amasser en une journée : papiers d’emballages diverses et toujours en surnombre, canettes et autres colifichets inutiles offerts à l’appétit des consommateurs patentés de l’archipel. Et pourtant, paradoxe ultime, il n’y a guère de poubelles publiques dans les villes japonaises. Donc, si tu as un papier dans la main et bien attends toi à devoir te le fader un bon moment.

Ce n’est pas parce qu’on n’a pas une poubelle rubis sur l’ongle qu’on va être sans gêne par principe. On ne dit pas des trucs du style : « Ils ont qu’à mettre des poubelles ». Ce fameux « ils »… Un big brother sans doute. L’Etat. Hollande, Fillon. Papa. Bref celui qui aurait dû le faire pour toi… Alors c’est bien fait. Ils n’auront qu’à y penser la prochaine fois…

Bien sûr, tu n’auras probablement pas d’amende si tu jettes quelque chose, à moins de le faire devant un policier. Simplement, tu ne jettes pas, de toi-même. Non…Ton papier tu te le gardes. Tu joues un peu avec. Tu te dis que quand même, tu vas bien trouver une satanée poubelle. Et puis au bout d’une demi-heure l’impatience est à son comble. Tu ne penses plus qu’à ça. Ce papier qui devient soudainement la plaie de ton existence. Tu serais prêt à le refourguer discretos absolument n’importe où s’il n’y avait pas cette foule tout autour… Tu comprends les japonais et leur timidité légendaire. Cette foule bienveillante t’empêche de déconner…et plus fort, tu sais que pourtant personne ne te dirait rien, ni même n’appesantirait le moindre regard comminatoire sur toi. Mais c’est justement pour ça que tu ne veux pas la décevoir cette foule anonyme. Tu veux en faire partie toi aussi, être dans le flux chaud et légèrement sucré.

Au détour d’une rue, tu vois une grille dans un caniveau. Victoire ! Le beau panier que tu vas mettre dans le mille. Tu tends déjà le bras…

Une voix térébrante t’immobilise : « On ne jette pas les papiers comme ça dans les bouches d’égout ! »

Ta copine t’observe avec commisération, sa main posée sur ton avant-bras… tu en es presque gêné.

« Ça pourrait boucher les canalisations. Ce n’est pas l’endroit approprié. »

Approprié… Une idée parfaitement japonaise. La poubelle doit être appropriée à l’usage qu’on en fait. Le Japon aime ce qui est approprié. La bonne ordure dans la bonne poubelle. Cela participe aussi à l’harmonie de l’ensemble.

Alors le papier qui t’alourdit terriblement, tu te le mets dans la poche. Bien sûr, comme tu es occidental, tu n’en penses pas moins. Tu vas quand même réfléchir sur ce monceau de règles que tu découvres tous les jours et dont tu pèses à chaque fois l’utilité et la légitimité. Une fois encore tu auras ton moment de révolte contre ces contraintes imbéciles. Et puis…la prochaine fois, allez…tu emporteras un petit sachet en plastique dans ton keus. Tu mettras tes vieux chewing-gums dedans et tu le jetteras quand tu rentreras chez toi. Comme pour beaucoup de règles finalement, tu t’apercevras que cela ne coûte rien de plus de les respecter, pas le moindre petit effort. Au contraire, ça libère de l’espace cérébral pour penser à des trucs plus intéressants.

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