Hiroshima no mikan ga amai !

Vu d’occident, difficile de se représenter Hiroshima autrement que comme une figure maudite, éradiquée de la carte du Japon le 6 août 1945 par la première bombe atomique jamais utilisé par l’homme. Il y a ces images de l’Enola bay décollant dans un ciel d’azur et reflétant les rayons solaires sur son fuselage d’acier, little boy dans le ventre. Puis le champignon mortel de feu et de poussières. Et puis, plus rien.

Brainstorming : Hiroshima mon amour de Duras ; l’expression, ‘c’est Hiroshima’, hyperbole outrancière signifiant le désastre ; la réaction des intellectuels de l’époque à l’annonce de la catastrophe, le jour où l’humanité a su qu’elle était mortelle ; le film pluie noire d’Imamura…

Et pourtant, au 21ème siècle, quand on sort de la gare ferroviaire, un grand panneau en forme d’arc en ciel annonce avec enjouement aux visiteurs : « bienvenue à Hiroshima ! ». Ils auraient pu écrire aussi quelque chose comme « Pour survivre, être au bon endroit au bon moment : telle est une des grandes vérités de la condition humaine ».

La région d’Hiroshima est connue pour sa production de Mikan, les délicieuses clémentines japonaises. Les marchands de primeurs du centre-ville les disposent ostentatoirement sur leurs étaux en mentionnant fièrement leur origine. Le fruit, par ailleurs exporté dans tout le Japon, bénéficie de la plus-value qu’accordent les japonais aux produits régionaux et aux notions de fraîcheur, de saisonnalité et de terroir : celui d’Hiroshima jouit d’une image très positive pour ses agrumes.

Après 45, de nombreuses personnes parmi celles qui ne moururent pas directement du souffle de l’explosion, développèrent des cancers à cause des radiations qu’elles avaient reçues. Les autorités décrètent zone interdite un périmètre de plusieurs kilomètres autour de l’impact à cause des particules radioactives qui s’étaient dispersées. A cette époque on savait mal comment l’environnement récupérerait. Cependant, l’herbe repoussa bientôt tandis que les compteurs Geiger signalèrent mois après mois une baisse continue de la radioactivité. La situation eût été sans doute bien différente si des bombes nucléaires de génération actuelle, beaucoup plus sales, avaient pu être utilisées. La ville fut donc reconstruite et désormais, après que plusieurs décennies se sont écoulées, la zone n’est plus contaminée. De même, peu de trace de la catastrophe ne subsiste dans le paysage si ce n’est l’immense parc mémorial avec son musée construit à proximité du fameux dôme. Il s’agit un bâtiment de béton armé, rescapé de la destruction et conservé comme un signe visible d’une apocalypse révolue au regard et à la méditation des vivants. En sortant de la visite, on peut acheter les fameuses clémentines d’Hiroshima, délicieusement sucrées et pleine de vie.

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