Un must qui donne au Japon un air de grand hôpital ou de bal masqué totalitaire. Se porte en toutes saisons avec une prédilection pour le printemps et l’hiver, époque des pollens et des coups de froids. Le pourcentage de chirurgiens humanoïdes dans la population japonaise grimpe alors vertigineusement : au bureau, à la maison, sur les bicyclettes ou dans les transports publics. Achève de retirer toute consistante à l’individu en lui conférant un appareillage ORL en papier proche du bec d’oiseau : son usage transforme certaines rames de métro aux heures de pointe en volières. De loin on croit parfois distinguer des brindilles au niveau de la bouche mais non…en s’approchant, on reconnaît Mickey Mouse…imprimé en plein milieu.

Fonction de l’objet : prémunir des miasmes avant infection ou faciliter la guérison s’il est trop tard tout en préservant les autres de ses microbes. Mais l’argument altruiste n’est probablement pas complètement dénué de mauvaise foi.

A l’occasion prescrit par un patron soucieux de la santé de ses employés, il peut aussi se porter en couple. Pour les mauvaises langues, permet d’avoir un bon prétexte pour éviter les conversations importunes ou les baisers en public, situation fort peu probable de toutes les façons.

Les médecins se divisent sur son utilité, notamment à la télévision qui organise régulièrement des débats sur ce thème. Ce clivage se retrouve dans la société : il y a les japonais avec et les japonais sans. Nonobstant, la réputation du masque est suffisamment assise pour permettre aux fabricants de prospérer. La concurrence provoque une course à l’échalote de l’innovation : l’ergonomie, formes, finitions et caractéristiques techniques ne laissent pas d’évoluer.

Pour finir, on les observe pendant de longues minutes ces êtres étranges sans expression. On voudrait voir derrière les masques pour se rassurer et s’assurer de l’humanité qu’il y a derrière. En attendant le doute alimente le fantasme. Le phénomène n’épargne pas les jolies femmes. Il n’est pas rare de croiser une jeune Gyaru aux cheveux teints en clairs permanentés avec coiffure rehaussée, bottes à cuissardes retroussées, mini jupe serrée, faux cils alourdis par le mascara avec sur le visage, ce bâillon blanc soudain outrageusement sexy. C’est le visage du désir et d’une nouveauté qu’on aimerait posséder pour en percer le secret.

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