Obaachan kawaii!

Les rues ressemblent parfois à un défilé d’équerres vivantes. Ce sont les cohortes des très vieilles femmes qui marchent le dos courbé à 90° vers l’avant. Elles poussent des chariots sur roulettes devant elles pour se maintenir. Si certaines travaillaient dans des rizières ou dans métiers physiques qui ont ruiné leur colonne vertébrale, La plupart n’ont que les problèmes osseux des grabataires : elles sont chétives, fragiles et la vieillesse les a tordues facilement. Arthrose quand tu nous tiens.

Si le Japon détient le record mondial de l’espérance de vie humaine, il n’a pas celui de la rectitude de la posture. De surcroît, cette position accentue la petitesse légendaire des femmes japonaises, d’autant plus marquée chez cette génération née dans la première moitié du 20ème siècle.

Il y a 50 ans, elles étaient probablement aussi différentes qu’elles se ressemblent aujourd’hui. La vieillesse érode ce que les individus passent leur vie à établir pour se différencier physiquement, culturellement et dans une moindre mesure socialement. Désormais, elles arpentent les trottoirs, lentement, en silence et donnent ce rythme si particulier à certains quartiers des villes japonaises en fin de matinée, à l’heure des courses. Et ensuite, elles disparaissent.