Le rituel des entretiens d’embauche

Mensetsu wa umaku hakonda node kare wa shuushoku dekita !

Il a passé brillamment son entretien d’embauche et a eu le job !

Vous avez mis votre plus beau costume, noir si possible ou gris foncé. L’idéal est d’arriver cinq minutes en avance. Arriver seulement juste à l’heure alors que l’employeur sera sur le pont un peu plus tôt que l’heure de rendez-vous serait un très mauvais départ. Il faudrait au contraire que vous soyez déjà là quand il vous ouvrira la porte et vous invitera à le suivre : une subtile question de préséance et de hiérarchie. Vous aurez déjà enlevé le manteau et le tiendrez plié sur un bras pour ne pas laisser penser que vous seriez déjà prêt et donc pressé de repartir.

Devant la porte…Que faire ? Attendre ou frapper ? Deux coups suffisent. Trois seraient insistants. En entrant, vous prononcerez le sésame ouvre-toi, le fameux ‘shitsurei ita shimasu’, excusez-moi de vous déranger honorables hôtes. L’entrée en scène est délicate. Vous avancerez la jambe droite en veillant à bien refermer la porte en faisant face à vos interlocuteurs et sans vous retourner pour ne pas leur montrer votre postérieur, spectacle grossier et négligé. En général, il y aura face à vous plusieurs personnes tirées à quatre épingles qui vous scruteront. Vous devrez alors vous incliner en vous excusant une fois de plus.

Un de vos inquisiteurs vous invitera à vous avancer pour vous asseoir sur une chaise. Vous adopterez la posture raide comme un coup de trique, en n’oubliant pas de poser vos mains sur les cuisses pour les empêcher de vous trahir par des gesticulations hasardeuses. L’inspection pourra se poursuivre. On vous demandera de vous présenter, de décliner votre identité avant de vous poser les questions de circonstances. Que faites-vous au Japon, quel est votre plan de carrière, vos motivations ? On vous demandera ce que vous pouvez apporter à l’entreprise, vos expériences, votre plat préféré, votre groupe sanguin. Ne vous inquiétez pas, il n’y aura rien votre rapport à la contingence ou à la transcendance. Comme vous aurez préparé le mensetsu, l’entretien, vous n’hésiterez pas dans vos réponses tout en prenant garde à ne pas trop délayer votre discours : la concision est une forme de respect pour sa hiérarchie. Puis, le cérémoniel achevé, on vous remerciera et vous marcherez vers la porte. Avant de sortir, vous vous retournerez une dernière fois en vous courbant profondément : « excusez-moi de vous avoir dérangé ». Si vous avez réussi, vous aurez des chances d’être convoqué à nouveau pour une 2° voire une 3° étape. Si vous avez échoué, on ne vous ne le notifiera pas et vous n’aurez jamais plus aucune nouvelle de vos interlocuteurs.