Dokodemo toiretu !

La plus grande densité au monde de WC publics se trouve au Japon. Dans les jardins, aux coins des rues, dans le métro, dans n’importe quel lieu public, ils sont là ! Indiqués, gratuits, accessibles jour et nuit, impeccables quoique jamais surveillés… Les toilettes japonaises : un excellent indicateur de l’état moral d’une société dans laquelle le respect du bien public est inégalé.

Il y’en a tellement d’ailleurs que les occasions de questionnement sont multiples. Est-ce que j’ai envie…est-ce que je n’ai pas envie…On finit par y aller par effet suggestif. Mais que choisir ? Les pissotières ? Les WC traditionnels ? Ils déroutent au départ car s’ils sont semblables à leurs homologues turcs, ils en diffèrent par la position qu’ils requièrent : un accroupissement face au mur et non face à la porte. Un renversement de perspective qu’il n’est pas si facile d’adopter. Longtemps rectangulaires et en bois, les cuvettes de style japonais ont évolué à partir de l’époque Meiji (1868-1912). L’utilisation de la faïence permit d’arrondir les formes et d’en prolonger la durée de vie. Au même moment, les toilettes avec cuvette de style occidental firent leur apparition dans les lieux fréquentés par les étrangers. Puis, sans évincer le modèle traditionnel, ils se répandirent au fil du 20° siècle dans tout le pays, permettant enfin de se soulager assis sans se faire des crampes aux cuisses. Quelle que soit la formule adoptée, impossible de refaire la via dolorosa quand on sort en ville : on trouvera toujours un petit Liré réconfortant.

L’existence de toilettes publiques fixes, les Tsujibenjo,, est attestée dans les grandes villes japonaises à Kyoto notamment, puis à Tokyo, depuis l’époque d’Edo (17°-19°s).

Elles prirent parfois l’apparence du luxe, ainsi en 1803 une série de vespasiennes de grande taille avec service du thé gratuit pour les usagers, fut même construite dans la capitale shogunale. Ces infrastructures étaient souvent financées par la vente des excréments qu’on y collectait. Ces derniers servaient d’excellents fertilisants agricoles que des employés appelés shimogoe gai étaient chargés de transporter puis de vendre dans les campagnes. Loin de la vétille dont on se lave les mains, l’immense production des villes japonaises, Edo avait comptait déjà 1 million d’habitants, constituait ainsi un enjeu économique non négligeable, en partie à l’origine du développement précoce des toilettes publiques.

Bien que l’intérêt pécuniaire ait disparu, les toilettes publiques sont peu à peu devenues des lieux communs, une sorte de service minimum à la charge de l’évidence.

On échappera donc au plaisir de jouir du soulagement que procure une miction retenue par la force des choses pendant des heures entières. Mais c’est un plus grand bonheur encore de déambuler l’esprit libérer du corps souffrant…Adieu la contrition forcée née d’une furieuse envie de pisser en marchant. En Europe, le problème reste entier : pas de chiotte, pas de sourire. En même temps ça se comprend. Laisse des chiottes ouvertes sans surveillances pendant une journée et tu verras comme la propreté, certains s’assoient dessus.