Tako tsuite iru burakku sutsu

Le costume est l’uniforme quasi obligatoire des salary men. Depuis la fin du 19ème siècle, les japonais ont occidentalisé leur tenue au point de faire du complet veston sombre une norme absolue. [ Maupassant écrivait : « Oui, le Japon s’embourgeoise ; et il a tort, car l’habit noir sied mal aux petits Japonais en pain d’épice. (…) le Japon perd son originalité (…) ses habitants deviennent des Orientaux des Batignolles, avec tramways, ulsters et gibus (…) ».]

A certaines heures, vêtement dominant dans les rues ou les transports en commun des villes. N’a pas de connotation arrogante : en dehors du bureau, on en prolonge l’usage facilement. C’est la tenue idéale pour passer inaperçu.

Presque immanquablement noir, de coupe classique, et probablement de marque prestigieuse à partir du chef de bureau. Certains font des écarts : rayures blanches très fines ou coupes italiennes. Des fantaisies réservées aux designers, artistes, profession libérales, travailleurs de la nuit, ou yakuza tandis que dans les compagnies sérieuses la volonté de distinction individuelle passe très vite pour de l’outrecuidance. Toutefois, quand l’été arrive, les entreprises passent au cool biz, le bureau sans cravate avec chemises à manches courtes. Bon pour l’image tendance, la baisse de pression sur les cadres stressés et la note d’électricité grâce à climatisation qu’on fait marcher un peu moins fort malgré la chaleur insupportable des étés japonais.

Le week-end, les soldats costardisés de la guerre économique s’encanaillent dans les lieux interlopes des grandes métropoles et décompensent de leur rigidité quotidienne en se livrant à des libations effrénées avec leurs collègues.

On les retrouve parfois au milieu de la nuit ivres morts à la sortie des bars, des restaurants et des karaokés, l’attaché-case posé sur le trottoir, effondrées dans les caniveaux et vomissant du nihonshu ou du vin français sur leur veste tandis qu’ils s’agrippent à celle de leur compagnon de beuverie, à peine plus vaillant.

Les étudiants qui le revêtent parfois l’assortissent éventuellement d’un petit personnage en plastique à la boutonnière, une pieuvre par exemple.