Rappingu

Le Japon, en plus d’être celui des robots et des technologies en version quasi science fiction, est aussi le pays…de l’emballage. On emballe à grand renfort de papier superbement imprimé, de boîtes en plastiques, cartonnés, métalliques, en bois… Une, deux, trois couches de sacs gigognes…Tout y passe, la nourriture, le produit cosmétique, la moindre petite babiole… On vous tend un petit sac plastique pour un paquet de chewing-gum. Au rayon fruits et légumes, bien des produits sont engoncés pièce par pièce dans des écrins de polystyrène. Les bonbons sont enclos individuellement. Les pâtisseries sont ensachées unes par unes. Quand aux produits d’épicerie fine, les vins ou les chocolats, ils sont parfois l’objet de véritables délires écologiques.

Les vêtements ont aussi leur emballage somptuaire : un sac design avec cordelettes aux couleurs de la marque, un autre doré à la feuille d’or, encore un en forme de vanity… Les japonaises adorent marcher en en portant plusieurs dans le creux du coude. Une façon de montrer qu’elles sont sorties victorieuses de leur mission shopping.

Dans tous les cas, le paquet n’a pas seulement une fonction pratique. Il atteste de la nouveauté, de la fraîcheur et de la propreté. Il fait parti à part entière du plaisir de consommer, et ce n’est pas demain que les gens accepteront de revenir au vrac et au panier en osier.

Quand il s’agit d’offrir, le geste d’emballer prend des airs rituels. Dans les boutiques le personnel fait choisir le papier cadeau parmi un large choix puis se lance corps et âme dans la procédure. Le papier est plié minutieusement, le ruban coupé d’un geste tatillon, l’autocollant placé avec une précision solennelle. Puis le paquet, protégé dans un plastique, est tendu au client des deux mains avec cérémonie.

Le plaisir d’offrir repose en partie sur la satisfaction de voir surgir la joie sur le visage du récipiendaire. Pour ce dernier, l’admiration du paquet est un prélude infrangible, une marque de respect car l’ouverture réel se fait traditionnellement en privée, après coup, une fois rentré à la maison.

Ce goût pour l’emballage est ancien. A l’époque d’Edo, on utilisait des furoshiki, des pièces de tissus magnifiques qui avaient une valeur en soi. Aujourd’hui, on emballe à tout crin, même pour des motifs très éphémères. Les jours de pluie avant d’entrer dans un grand magasin, on se fait emballer son parapluie par une machine dans un petit plastique oblong. Il ne faut pas qu’il dégoutte et recouvre le sol d’une couche d’eau qui se mêlerait bientôt à la crasse diluée des semelles des chaussures. Ce petit sachet, on le retrouve à la sortie rendu par son locataire au conteneur prévu à cet effet. Rien ne virevolte, rien ne roule. Tout disparaît miraculeusement du paysage. Tour de passe-passe subtil…des mains aux poches, des poches aux poubelles, des poubelles aux décharges…et aux remblais faits d’ordures des terres pleins artificiels de la baie de Tokyo.